Vu par Lequinio, agent forestier
15 Frimaire an IX

« Les maisons de la vallée de Grand-Vaux, dont les habitants sont restés serfs du chapitre de Saint Claude jusqu'en 1789, ne sont pas des chaumières, comme on pourrait le croire, mais de vastes bâtiments, qui de loin étonnent par leur élévation et par leur masse. Ils sont de forme carrée, construits en pierres bien cimentées ; les plus petits ont soixante pieds de longueur, beaucoup en ont cent vingt.

Il n'est pas rare d'y voir des pignons de soixante pieds de hauteur ; c'est dans les pignons que sont percées les fenêtres des logements des hommes, sur les faces ou longères, sont ouvertes plusieurs grandes portes arrondies, destinées au passage des voitures ; celle de la grange est assez haute pour que les voitures y puissent entrer chargées.

L'intérieur de l'édifice est partagé en plusieurs sections par de fortes cloisons de sapin solidement attachées à des piliers du même bois, qui s'élevant jusqu'au faîte, soutiennent la charpente et le toit.

La section voisine du pignon est divisée en plusieurs chambres solidement planchéiées et qui servent de logement.

La seconde section est ordinairement l'écurie ; la grange vient ensuite, elle est vaste et pavée de belles dalles de pierres, ou revêtue d'un plancher de madriers de sapin ; c'est là que chaque jour on bat le grain nécessaire à la consommation. La surface du sol est tellement unie, qu'un homme de force médiocre y peut faire rouler seul une voiture chargée.

La quatrième section est l'étable des bêtes à cornes ; souvent, près de l'autre pignon, se trouve une cinquième section, à l'usage des hommes, percée, bâties et distribuée comme la première.

Au-dessus des écuries et de la grange sont les greniers, qui renferment les foins et les gerbes.

Le vin, le lait et le fromage se déposent ordinairement au rez-de- chaussée de la partie habitée par les hommes. Les caves sont rares dans ces sortes de constructions.

Des pentes douces, pratiquées derrière la façade principale, permettent aux voitures chargées d'entrer dans les greniers.

D'aussi vastes bâtiments doivent contenir un grand nombre d'habitants, de chevaux et de bestiaux. Elles renferment en effet à la fois plusieurs générations.

La servitude, qui pesa si longtemps sur la malheureuse population du pays, avait rendu plus vifs les sentiments de parenté et resserré davantage les liens de famille. Il s'y était établi un régime patriarcal qui n'existait sans doute aucune part en France. Père, mère, enfants, petits-enfants, arrière-petits-fils, cousins et petits cousins, tous demeurent ensemble : c'est un arbre généalogique dont les branches ne se séparent qu'à la longue. Le chef de la famille, que la pureté de l'air et une vie simple et frugale conduisent presque toujours fort sain au terme de sa longue carrière, est l'objet de soins affectueux et d'un profond respect. Il vieillit au milieu de ses nombreux enfants, et c'est entouré de toute sa postérité qu'il exhale son dernier soupir. »

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