Chaux, tavaillons et talvannes

Par Noël Gaillard

Nous trouvons donc sur le N° 2 du Lien des Amis du Grandvaux pages 10 et 11, la fabrication ancienne de la chaux expliquée par Monsieur Marcel Duthion. Le site de Robert Le Pennec contient une page détaillée sur la technique des fours à chaux du Haut-Jura.

II fallait de la pierre calcaire et des fagots de bois pour la calciner. Un immense trou creusé à la pioche et à la pelle était destiné à recevoir la pierre empilée très régulièrement en formant progressivement une voûte ouverte au sommet pour la sortie de la fumée, bien au-dessus du niveau du sol.

Il y avait donc au milieu une cavité destinée à recevoir le bois de chauffage introduit par une ouverture verticale.

Au-dessus du niveau du sol, un entourage "isolant" évitait en partie les pertes de chaleur. Lorsque tout était prêt, les ouvriers se relayaient nuit et jour pendant une semaine pour chauffer le four à un minimum de mille degrés. La chaux vive ainsi obtenue était ensuite laissée à refroidir pendant quelques jours, puis mouillée, ce qui provoquait une sorte de fermentation donnant de la chaux éteinte prête à l'emploi.

Passons au tavaillon ; sa fabrication et sa pose varient légèrement d'un pays à l'autre. Dans l'ensemble, ici au Grandvaux, on utilise l'épicéa recoupé en bûches de 33 cm. Elles sont fendues en minces lamelles en frappant sur un robuste couteau, avec un maillet, du tronc vers la cime (contrairement au foyard qui se fend de la cime vers le tronc).

La largeur de chaque planchette est variable, mais la longueur est régulière, toujours 33 cm. Dans le sens vertical, elle est clouée 3 fois et on la met tremper dans l'eau avant la pose pour l'attendrir.

Durée moyenne de vie :

  • en toiture : 25 ans,
  • en tallevane : 100 ans.

Après le bois, revenons à la pierre, ou plus exactement "aux pierres".

Il en existait une pierre sculptée à Chaux-des-Prés que je n'ai pas pu retrouver mais qui a pu être récupérée : elle venait de la maison de Madame Marie Guyetand détruite par la foudre vers le 25 juillet 1934 et aurait porté les inscriptions suivantes : Le passé me hante, Le présent me tourmente, L'avenir m'épouvante.


Les talvannes du Grandvaux
en tôle «à coulisseaux»

Article de Gilles Bourgeois - Lien n°62

Dans notre région, on protège la plupart du temps, la façade Sud-Ouest par un revêtement appelé talvanne qui recouvre l'ensemble de ce mur. Ce côté de la maison est exposé à la fois au soleil, au vent, à la pluie, à la neige et aux variations de température importantes : en hiver, il peut faire -20°C dans la journée contre la talvanne et de plus, dans le Haut-Jura, les vents d'ouest sont dominants et porteurs de pluie. Celle-ci vient donc généralement du Sud-Ouest et arrive inclinée à cause du vent qui souffle dans le sens de la combe. Tous ces facteurs causent des infiltrations si les murs ne sont pas protégés. Les enduits de chaux et ciment ne sont pas suffisants sur cette face, car ils résistent mal aux agressions climatiques.

Au 17ième et 18ième siècle, les habitants commencent à s'installer et à bâtir leurs maisons dans la région. Pour remédier aux problèmes d'infiltration, ils mettaient en place des bardages en tavaillons, appelés baptaillées. Ce sont des planchettes de bois en épicéa posées à recouvrement et clouées. Mais leur gros défaut était qu'elles pouvaient facilement prendre feu. Déjà depuis les années 1850/1900, le bois était abandonné progressivement au profit de la tôle, noire (métal à l'état brut) puis galvanisée (tôle noire qui a été immergée dans un bain de zinc en fusion).

Messieurs Alfred Minet et Alphonse Amye, artisans ferblantiers à Saint Laurent-en-Grandvaux, ont créé et façonné un format de tôle pour talvanne. Ils avaient mis au point un système de panneaux dit « à coulisseaux » avec des demi boudins extérieurs verticaux, agrafés en bas puis en haut, fixés avec des clous et des pattes dans le haut des panneaux ce qui permettait de cacher les fixations au moment de l'agrafage du panneau supérieur. Puis on glissait les coulisseaux (deux demi boudins intérieurs formés côte à côte) en commençant par le haut ce qui fermait l'ensemble. Ce principe de talvanne s'est propagé dans tout le Haut Jura. A leur retraite, vers 1940, Monsieur Marcel Morel et Monsieur Roger Girardot ont repris les entreprises et ont continué à poser ces talvannes à coulisseaux. D'ailleurs, la grande majorité des anciennes maisons du Haut Jura sont encore recouvertes de ce matériau qui protège.

Dans le Grandvaux, beaucoup d'anciennes maisons ont aussi des auvents avec ou sans pans coupés sur la façade Sud-Ouest. Ces sortes de petits toits servaient à protéger les menuiseries des fenêtres.
Une petite entreprise de tôlerie franc-comtoise a inventé et fabriqué, vers les années 1930, un nouveau modèle de talvanne décoré par des losanges emboutis dans le métal. C'est surtout ce format qui est posé de nos jours.

D'autres matériaux ont été utilisés par la suite à partir des 1960 comme le fïbro-ciment, le bardeau de shingle, le bardage de bois raboté... A l'usage, ces produits se sont révélés nettement moins  performants que la tôle galvanisée : ils sont cassants, se dégradent rapidement ou nécessitent beaucoup d'entretien.
Le choix du bardage est très important pour l'intégration du bâti dans le paysage. En effet, la teinte de vieillissement de la tôle galvanisée et du tavaillon est quasiment identique ce qui donne une harmonie des couleurs. La tôle est un matériau vivant qui évolue en fonction des fluctuations de la lumière et aussi dans le temps : elle va commencer à rouiller au bout d'environ 50 ans lui donnant une couleur particulière et unique. Ses tons changeants contribuent à l'unité du paysage. C'est aussi une bonne isolation thermique, car c'est un doublage extérieur supplémentaire grâce à son vide d'air entre le lambrissage et le mur.

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