Le Maréchet
Du Lac des Rouges Truites

 Article de Gilbert Bourgeois-Moine

Nos villages du Grandvaux, ont la plupart choisi un style d'habitat " éparpillé ", où les maisons, anciennes fermes généralement, ont été construites de façon égrenée le long d'une grande rue principale. En d'autres lieux elles se joignent les unes contre les autres, par économie de matériaux bien souvent, sans songer aux servitudes qui en résultent avec bien des problèmes de mitoyenneté. Mais partout chaque village compte plusieurs hameaux, nettement séparés les uns des autres, avec un nom bien particulier à chacun, rappelant le patronyme d'une famille qui y vécut pendant plusieurs générations, les Faivres.. les Mussillons.. Pensez un instant à la commune de Grande Rivière.. qui peut me dire, s'il n'y habite pas, la liste en ordre parfait de tous les hameaux de ce village, rapidement et sans se tromper? Pas facile du tout pour le touriste qui cherche le gîte rural retenu ou la chambre d'hôte réservée. Mais finalement cet ensemble en noms de lieu, bien choisi par les anciens, n'est pas dépourvu de charme. Et pour cause, il y aura bien un Noël Gaillard pour nous conter avec humour et mélancolie, de bien gentilles histoires sur son passé.

Dans les lignes qui suivent, je viens vous parler du hameau "le Maréchet" du Lac des Rouges Truites, le dernier hameau au Nord du Grandvaux. Le pourquoi est simple : ne rien oublier et faire connaître des faits, habitudes et modes de vie vécus par nos grands-parents : leurs souvenirs rappelés ne doivent pas tomber dans l'oubli.

C'est dans son décor fixé sur une ancienne photographie de carte postale que je vous parlerai de ce hameau : le Maréchet. Cette vieille photo, de plus de 80 ans, nous paraît rajeunie sous le pâle soleil d'une fin d'hiver. Ce n'est pas encore le printemps; aucune feuille aux arbres; et quels arbres? A part le grand peuplier devant ma maison natale, seuls quelques bouquets de frênes ont poussé autour de la maison Lacroix-Lepori. Une belle "pesse" un peu "carotte" par ses grosses "dalles" les domine tous du côté de chez le Charles.

Où sont donc les haies épaisses du côté du Rivet et du Crêt Pelé?.Rien que des lignes de murgers : c'est à croire que nos anciens économes et soigneux de la terre avaient la serpe facile.. Il faut savoir qu'à tour de rôle, chaque foyer sociétaire au chalet de fromagerie, devait fournir pour son tour de fromage une certaine quantité de bois. Et c'étaient des fagots de bon coudrier et autres bois secs que l'on apportait pour le feu vif sous le chaudron du fromager. Aujourd'hui, beaucoup de murs ont disparus.. au vent de chez Henri.. derrière chez Herman.. et les haies de noisetiers et d'épines sont apparues un peu partout.


Mais l'objet de ces lignes est surtout de vous parler de l'habitat, des maisons du Maréchet vers  1900. Elle sont toutes là aujourd'hui.. sauf une marquée d'une croix sur la photo. Certes, les gamins de mon enfance ont joué dans le chasal de ses ruines : de hauts murs de pierres jointes à la chaux qui  s'écroulaient lentement, rongés par les bouquets de saules qui y avaient trouvé leur terrain de prédilection. Cette maison appartenait à la famille Charlin qui, ne pouvant la vendre en totalité, vendit  la toiture en 1919 : drôle de marché qui condamnait le bâtiment à la ruine.

Mais toutes les autres maisons, qui ont changé d'aspect avec la restauration nécessaire contre les  épreuves du temps, sont bien présentes. Hélas, toutes ne sont pas habitées comme dans le temps. Oui ! un temps lointain où Maréchet et Mont Noir auraient pu demander une école, car il y avait une belle population scolaire.

Maintenant, pour connaître mieux ce hameau, suivez moi avec la photo ; et je vous parlerai comme quelqu'un qui a rêvé d'être de la famille de chacun..

En arrivant du Voisinai, après la descente des Rechignandes, vous êtes devant la maison de mes  grands-parents. Ils vécurent là avec un cheval et quelques vaches. Pendant l'hiver, Paul taillait des  douves de seilles, siaux, cuveaux et des tavaillons sur son "bintset" ou banc d'âne, que j'ai conservé.  Derrière se dresse la ferme Martin. Plus loin, après la maison disparue, c'était la maison Bergoin avec  sa belle talvanne en tavaillons. Juste en face, une grosse bâtisse a réuni deux maisons mitoyennes. Au  vent, la première fût habitée par la famille Jacquin, avant le cafetier Henri qui transforma l'écurie en  salle de bal en 1939. Dans les années 1940-41, les soldats allemands y passèrent de joyeux dimanches fortement arrosés au mousseux.. La deuxième fût habitée par Oxias Verjus, puis les familles Jeannin-  Ferry.
                                                 
Après la maison Bergoin, c'était la ferme de la Couronne, achetée par Pierre et Antoine Vionnet ;   elle servit aussi de café. Ce couple, venu de la Grange à l'Olive en 1934, se montra merveilleux de   qualités humaines. Personne ne les a oubliés.. Cette ferme est mitoyenne avec une maison plus basse de la famille Lacroix.

Au carrefour de la route départementale n°437 et du chemin communal qui mène à Fort du Plasne, c'est la maison Mesnier. On vécut là d'une vie agricole avec en plus un certain intérêt pour les chevaux tirant les véhicules de transport de l'époque, breaks à quatre roues avec un siège élevé devant et derrière des banquettes disposées dans le sens de la longueur, et des tilburys légers à deux places, et calèches avec capote à soufflet.. Un autre temps !

En allant vers le Rivet, la petite maison Faivre a grandi avec la truelle de Bernard. Plus loin, la petite   bâtisse Bonnefoy abrita une famille nombreuse, à peu de place, à côté de l'établi de menuisier..  Maintenant c'est une résidence secondaire comme le deviennent beaucoup de maisons dans les   villages. Du côté bise, elle était adossée à la ferme Manuel et Louise Michel.

Juste au vent de l'épicéa, la maison double : une moitié Ouest et Sud habitée par Charles et Lisa qui ne laissèrent aucune descendance ; elle fut rachetée récemment et habitée. L'autre moitié Est-Nord fut occupée par Emile Pelet ancien gendarme, puis par Georgette. C'était une belle alsacienne qui, en 1940, tira Monsieur le Maire Amand Thouverez d'une bien mauvaise situation avec un Oberleutnant allemand qui réclamait les clés de la mairie et les reçut..dans les bottes. Depuis peu, elle sert de nid de retraite à une dame qui a eu un coup de cœur pour le village de son enfance.

Près d'un virage disparu qui fut longtemps un lieu d'accrochages d'automobiles, c'est la maison Lacroix du côté du vent. Elle est mitoyenne avec la maison où se situait le troisième café du hameau "à la pomme d'or " aujourd'hui propriété Lepori.

C'était le hameau du Maréchet. En 80 ans, une maison a disparu et deux maisons neuves   seulement ont été bâties. C'est peu dans l'habitat de ce coin du Grandvaux. Oh ! bien sûr, des   constructions a vocation agricole sont apparues, sans commune mesure, à mon avis, avec le style de l'habitat. Un peu plus à l'écart des habitations, comme le préconisent aujourd'hui plus intelligemment les services de l'équipement, le résultat aurait été plus heureux. Mais c'est ainsi, la sagesse ne se trouve pas dans la terre des vivants ! Ce parcours s'achève ; un autre viendra dans d'autres pages. Chaque lecteur retiendra un souci de ne rien oublier du passé de nos villages. Il est vrai que la connaissance du passé permet de comprendre le présent pour mieux entrevoir l'avenir.

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