Le boisselier

Par Fabienne LACROIX  (Le Lien n° 58)

Boisselier
 © Liliane Grandmaître

Si l'activité de boisselier a disparu en tant que source régulière de revenu ou occupation domestique, le savoir-faire est encore suffisamment présent pour être observé et transmis.

En Grandvaux, il nous reste encore un de ces anciens "paysans boisseliers", qui continue à occuper ses hivers à fabriquer des bouilles, des seilles et des grélets, aujourd'hui davantage pour de la décoration, mais toujours dans les règles de l'art.

Il est octogénaire, habite au Lac des Rouges Truites et s'appelle Paul BOUVIER.
Il a beaucoup de plaisir à recevoir les gens et leur faire découvrir son passe temps.
Quand la neige les empêchait de travailler dehors, les paysans d'antan trouvaient d'autres occupations à l'intérieur. Ils s'adonnaient entre autre à de nombreux travaux liés au bois et notamment à la boissellerie : fabrication d'ustensiles laitiers, cuveaux pour la lessive, et autres récipients utilitaires.

Avant l'hiver, il faut choisir son bois.
Pour fabriquer des seilles, il faut de l'épicéa, mais pas n'importe lequel ... Paul soulève l'écorce sur dix centimètres et si les veines partent à droite, il n'en veut pas. Il fait scier des billes en tronçons d'une quarantaine de centimètres de long chez son voisin. Il débite ces plots, en planchettes d'un centimètre et demi d'épaisseur et toujours dans le sens de la veine, à l'aide d'un fer à fendre un peu courbe et d'un maillet en bois. Il faudra ensuite qu'elles sèchent deux à trois mois pour pouvoir être utilisées.

Son atelier d'aujourd'hui est dans une pièce située à l'arrière de la maison. Pour s'y rendre, il passe par l'ancienne écurie, où quelques lapins ont remplacé les vaches de la ferme. Dans l'atelier, ça sent bon le bois, mais tout y est tellement bien rangé qu'on aimerait presque y voir traîner quelques copeaux pour s'assurer qu'il y travaille. Et pourtant, si... il y passe des heures, seul et pour son plus grand plaisir. Mais, c'est que Paul est un homme très ordonné. Chaque fois qu'il a fini de se servir d'un outil, il le remet à sa place. Chaque fois qu'il fait une poignée de copeaux, il les verse dans un sac. Il n'y en a pas deux comme lui pour cela.

Il ne connaît pas toujours le nom de ses outils, hérités de son père et certains fabriqués sur mesure, mais qu'importe puisqu'il sait s'en servir.

Penché sur son banc d'âne, les pieds sur le valet pour tenir sa pièce de bois, Paul taille les douves avec une plane (ou couteau à deux mains). Il a plusieurs modèles de plane, dont un, caractéristique du boisselier avec une poignée horizontale et l'autre dirigée vers le bas à angle droit. Mises côte à côte, les douves doivent former le cercle qui fera le tour de la seille et s'appuyer les unes aux autres par des flancs parfaitement jointifs, puisque l'étanchéité du récipient en dépend. Ces biais sont rabotés avec un genre de varlope.

C'est encore sur son banc d'âne qu'il fait les cercles (liens en bois qui tiennent les douves). Pour cela, il est allé choisir des branches d'épicéa fraîches assez longues. Quand il les débarrasse de leurs aiguilles, il se protège la poitrine avec une planche de bois. Il entaille les deux extrémités de telle façon qu'une fois formé, le cercle restera bloqué définitivement sans clou, ni colle. C'est sûrement cette étape qui demande le plus long apprentissage. Après, l'assemblage ressemble un peu à un jeu de construction à l'intérieur du cercle. Paul fait ça calmement, mais avec une dextérité folle.

Il voit bien qu'on est impressionné. Il a l'air de jubiler derrière son petit œil rieur.

Il parle peu, donne juste les explications qu'il faut, mais rêve de transmettre ce savoir faire qui n'a pas d'âge.

Il enfile le second cercle en le chassant au maillet. Puis, après le cerclage, il racle l'intérieur du seau avec une plane cintrée ou une curette jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul défaut.
Reste encore à mettre le fond. Un outil spécial fait la rainure qui le recevra. Les dimensions du fond sont faites au compas en employant le système de la rosace, qui n'a plus aucun secret pour notre boisselier. Le fond est taillé en biais et rentré par force.

Finalement, si la seille a une ou deux anses, les trous sont faits avec une mèche cuillère.

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