Alice Decœur

Texte de Amis du Grandvaux

Alice Decœur est grandvallière de naissance.

Le 15 janvier 1882 : naît à Saint-Pierre, Alice Groz, fille de Lucien Groz né et mort à Saint-Pierre (1835-1930). Il fut un homme instruit, roulier du Grandvaux, conseiller municipal, maire, qui a laissé à la postérité le souvenir d'une personnalité énergique, qui fut capable de sauvegarder sa commune menacée de l'invasion prussienne en 1871. Il eut 8 enfants, dont 4 filles : Alice, Lucie, Justine et Jeanne.

Beaucoup à Saint-Laurent ont encore des souvenirs personnels des unes et des autres : Mademoiselle Justine Groz, institutrice à Saint-Laurent n'est décédée qu'en 1953.

Alice se distingue dès l'école comme étudiante bien douée, puis Ecole Normale. Mariée à Léon Decœur, instituteur, la carrière enseignante du couple, longue et exemplaire, se déroule à Saint-Maurice puis à Conliège.

Les éloges de leurs inspecteurs de l'Instruction Publique sont multiples et unanimes ; l'éloge des élèves et des parents d'élèves est particulièrement remarquable. Et, à Conliège, le souvenir de Madame Decœur est encore vivant.

Mais c'est la carrière littéraire d'Alice Decœur qui nous intéresse aujourd'hui. Outre sa collaboration à de nombreuses revues, elle nous a laissé 4 recueils :

  • Parfum de jeunesse, poèmes pour écoliers de 10 à 13 ans,
  • Malgré le vent, publié en 1933,
  • En Franche-Comté, Dans les sentiers de l'histoire, en 1947 : récits, anecdotes, légendes,
  • Premières histoires, premiers bonheurs pour enfants de 6 à 9 ans.

Toutes ces œuvres sont imprégnées de jeunesse, écrites pour la jeunesse, par une institutrice vivant parmi les enfants, aimant les enfants et se rappelant sa propre jeunesse.

C'est dans ces petits poèmes : "les noisettes, la bruyère, cimetière, chez nous, la neige, glissade" etc. qu'effleurent, très sensibles, les souvenirs de Grandvaux natal.

C'est à Madame Alice Decœur que l'on doit le poème, récemment mis en musique à l'intention des "Amis du Grandvaux" et promu par là à une nouvelle actualité : "La ballade du roulier".

Le goût de la nature se manifeste à travers toute l'œuvre, en vers ou en prose : les fleurs, les arbres, les quatre saisons, les neiges et les ruisseaux défilent au rythme des vers musicaux.

A mon père, les étrennes ; avoir une maison ; dimanche campagnard d'une maison habitée, des retrouvailles aux vacances dans la maison natale. Le poète a vraiment joué de la douceur d'une famille unie.

Un brin de mélancolie :
Je préfère la pluie
Cette mélancolie
Des ciels aux gris reflets,
Aux chagrins plus discrets.

Mais l'optimisme triomphe toujours. Cette poésie est-elle démodée ? Sans doute, mais ce n'est pas nous, ici, qui nous permettrons de la décrier ; ces vers d'accent et de facture quasi lamartiniens sont ceux que nous aimons, qui nous touchent, malgré les modernes, si difficiles d'accès.

Dans "Portes secrètes" :

J'ai suivi les charmeurs dans les chemins du ciel ;
J'ai chanté leurs sonnets, et mon âme ravie
A plané dans le bleu tout parfumé de miel,
Je n'ai pu vivre un rêve et j'ai rêvé ma vie.

Est-ce du Lamartine ?

Et, n'évoque-t-on pas Verlaine dans ces vers de 6 pieds qui sont une musique ?

C'est le chagrin bruyant
D’un ciel privé de grâce ;
C’est l'horizon noyant
De superbes espaces.

Et de l'œuvre en prose, (dont la poésie n'est pas absente), que retenir ?

Peut-être que les enfants de 6 à 10 ans, éduqués par la télévision et les bandes dessinées, trouveraient les histoires sans intérêt, sans action, sans mouvement et un peu moralisatrices.

Mais, dans "En Franche-Comté, dans les sentiers de l'histoire", écrits pour de plus grands élèves, inspirés de l'histoire locale, beaucoup de récits mériteraient encore d'être lus dans les écoles et dans les foyers.

Ce sont des histoires courtes ; il y a de l'action, de la variété ; pas de leçons de morale explicites ; elles feraient connaître aux jeunes des faits, des hommes dont ne leur parlent m leurs livres, ni leurs professeurs.

Donc, Alice Decœur, seul poète grandvallier, mérite encore que son souvenir soit évoqué.

Les glissades

Sur les petits traîneaux de bois,
Tantôt à deux, tantôt à trois,
Nous glissions au travers des pentes
En des journées étincelantes.

La bise cinglait nos frimousses,
Mais ses gifles nous étaient douces,
Dans les grands champs diamantés
Où sonnaient nos folles gaietés.

Nous partions, grisés de vitesse
Le coeur tout gonflé d'allégresse
Et la neige en fous tourbillons
Nous éclaboussait de rayons.

Nous allions, sautant les clôtures
Au travers de ces ondes pures
Et, jeunes souverains du val,
Notre règne était de cristal.

Sur les petits traîneaux de bois
Qui nous emportaient autrefois
J'ai vécu des joies enivrantes ;
J'ai rêvé d'heures conquérantes.

Dans un livre de Monsieur Michel Vernus sur le fromage de "Comté", j'ai relevé à la page 257 un paragraphe tiré d'un livre de Madame Alice Decœur, ayant pour titre : "En Franche-Comté, dans les sentiers de l'histoire" :

«Un voiturier des Rousses, en 1670, descendait des fromages "Septmoncel" à l'abbé du Grandvaux avec d'autres colis. En route, il en mangea 2 en cachette et en vendit un dans une auberge de Saint- Laurent. L'abbé s'aperçut qu'il en manquait trois et le fit juger. Il fut condamné à quitter le village des Rousses. Par la suite, on l'autorisa à y revenir mais sous réserve que son fils s'engage dans l'armée pour se battre contre les troupes françaises qui envahissaient la Franche-Comté. Mais le fils fut tué au siège de Salins en 1674 alors que le père n'était pas encore revenu aux Rousses.»

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