Géologie

Nous préparons une présentation géologique plus détaillée du plateau du Grandvaux. En attendant, le lapiaz des Chauvins et les tannes illustrent bien les caractéristiques du relief karstique.

Le lapiaz des Chauvins

Par Robert Le Pennec (Association Spéléologique de Saint-Claude-Jura)
Visitez son site :
Jura-Patrimoine

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Le lapiaz des Chauvins se situe sur le « plateau » du Grandvaux, non loin de Saint-Laurent sur le territoire du hameau des Chauvins (commune de Grande-Rivière). Ce lapiaz a été reconnu par les spéléologues locaux et en particulier par François Jacquier.
Quand on est sur le site on est surpris par la différence de forme entre les deux dalles lapiazées. L’une près du chemin d’accès a la forme la plus courante et présente de nombreux blocs disloqués et individualisés sur la dalle de roche. L’autre présente des formes beaucoup plus douces et avec de grandes rigoles. Le pendage des deux dalles calcaires est le même.
Le premier exemple est le cas le plus répandu dans le Grandvaux et on le trouve sur beaucoup de bancs de roches dures qui dominent les prairies.

 

Deux vues du lapiaz. ©

 

De nombreuses hypothèses ont été proposées :
La partie la plus belle se serait formée sous couverture végétale ?
Ceci serait assez étonnant car c’est la même zone du paysage, pourquoi un couvert végétal ici et pas là ?

De plus le pendage des deux dalles est le même.
Il a fallu aller chercher une autre explication au cœur même de la roche. Quand on observe de près la roche, la texture n’est pas la même.
Deux échantillons de roche ont été prélevés et polis. A la loupe, la différence est importante.
Il a aussi été fait deux lames minces pour une étude approfondie qui devrait confirmer les observations.

La différence de forme du lapiaz est du au fait que les deux roches ne sont pas du même âge et en conséquence l’environnement sédimentaire au moment de la formation de la roche n’était pas le même.
La dalle la plus à l’est, la plus proche du chemin d’accès est d’âge Arémien et la deuxième, à l’origine du beau lapiaz est d’âge hauterivien, donc plus ancienne et située en dessous dans l’échelle stratigraphique.

Coupe_geologique
© R. Le Pennec

  • Lapiaz formé sur la roche d’âge Barémien (= Urgonien).
    Le calcaire urgonien est très dur et donc très fissuré par l’orogenèse. Ces fissures sont des points privilégiés pour l’érosion et la dissolution, d’où cette allure disloquée de la surface du lapiaz.
  • Lapiaz formé sur la roche d’âge Hauterivien.
    Ce calcaire est plus souple face à l’orogenèse et il est parfois marneux. Sa structure plus granuleuse présente beaucoup moins de fissures et il donc moins sensible à l’érosion.

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Les tannes

Spécificité de montagnes calcaires, les tannes sont des gouffres qui s’ouvrent un peu partout, dans les prairies ou dans les forêts. On les imagine portes d’entrée des réseaux souterrains mais elles sont obstruées ou, au mieux, permettent une progression de quelques dizaines de mètres. Les colorations ont mis en évidence leur communication avec des réseaux parfois très étendus que personne n’a encore pu pénétrer en raison le l’accumulation considérable de matériaux détritiques qui amoncelés au fond.

Extrait de l’ouvrage de Noël Gaillard “Grandvaux d’hier et d’aujourd’hui”.
Noël Gaillard était un des membres fondateurs des Amis du Grandvaux.

“Ce sont de véritables pièges surtout lorsque quelques “menées” de neige cachent l’entrée des plus étroites.

Les tannes sont des crevasses très profondes, généralement de faible surface d’ouverture, comparée à leur profondeur qui peut atteindre des dizaines de mètres. Elles sont presque toujours isolées et peuvent se rencontrer où l’on s’y attend le moins. Certaines sont barrées avec des barbelés ou des perches mais souvent déjà bien en mauvais état. D’autres ne sont pas signalées. Autrefois, il n’y avait guère que les gens de la région en forêt ; aujourd’hui, il y a de plus en plus de gens venus d’ailleurs : bûcherons, débardeurs, gamins en vacances. Autrefois donc, la plupart des gens passant à proximité, les connaissaient, alors qu’aujourd’hui… Citons au hasard, la Borne à Jean Laurent, à l’ouest de Prénovel, celle du chemin Grand-Perret à la Joux Devant, et deux au Mont Noir : l’une se trouve parcelle 21 du Lac des Rouges-Truites signalée par quelques barbelés, près du chemin “du chocolat” ; l’autre située sur le Lac des Rouges-Truites également est au bord d’un chemin menant vers la borne qui figure à la dernière page du 1er volume. Son effondrement est relativement récent. Elle n’est signalée par rien à l’heure actuelle (automne 1990).

Celles qui viennent d’être citées se trouvent toutes en pleine forêt et il y en a d’autres. Par contre, il en existe au moins une en dehors des forêts, dans un pâturage. Elle est heureusement fermée par une trappe métallique avec une serrure. Elle se trouve dans le pâturage de La Chaumusse. Ne cherchez pas à aller juste à coté. Restez de l’autre côté des barbelés. Vous ne verriez rien de plus et vous risqueriez de laisser les barrières mal refermées ou de vous trouver nez à nez avec un taureau. Elle a fait récemment l’objet d’un nettoyage par des bénévoles, amis d’une nature propre. Ils y ont trouvé de tout ; des médicaments, des squelettes de bêtes péries, des balles de guerre et même des grenades. D’après les spéléologues, les eaux gui y passent pourraient, comme celles du lac de l’Abbaye, aller se jeter dans la Bienne, à Molinges, bien que la Lemme soit toute proche. (voir à ce sujet l’étude de R. Le Pennec)

Enfin il existe aussi quelques petites grottes accessibles au moins au départ, parmi lesquelles la Borne au Lanly. Une autre a servi à cacher des fromages pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’armée d’occupation pendant la guerre 1870-1871. Elle était d’accès difficile. Les habitants s’occupèrent d’en agrandir l’entrée et de l’aménager à l’intérieur pour y cacher les fromages et les maintenir en bon état de conservation. Elle se trouve à droite de la route allant de Prénovel à Saint-Maurice, lorsqu’après avoir passé le point culminant, on commence à descendre, juste avant le premier virage en épingle à cheveux. Ne s’y aventurer qu’avec précaution et une lampe puissante. Un peu à l’est de cette cave, se trouve une tanne à pic dont l’entourage commence à donner des signes inquiétants de vieillesse – tenir les enfants à distance.”